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Q026 – Pourquoi et comment intégrer la prospective au centre de nos réflexions stratégiques d’entreprise ?

14 minutes de lecture

Si nous essayons dans ce blogue de donner quelques pistes parfois théoriques, parfois empiriques sur la prospectives, la seule vraie validation de toutes ces méthodes et façons de faire se trouve dans le succès de leur application. Si “Une vision sans action n’est qu’une hallucination”, faire de la prospective sans implémentation n’est que science-fiction !
C’est avec plaisir que nous offrons la plume dans ce billet à une experte en implémentation stratégique prospective !

Juliette Fabre se définit aujourd’hui comme consultante en stratégie. Elle est passionnée par l’étude des comportements humain, l’innovation et le marketing « sensé ». C’est pourquoi elle utilise les sciences sociales, les méthodes design et la prospective pour mettre l’utilisateur au centre des stratégies des entreprises. Elle accompagne des entrepreneurs, startups et plus grandes entreprises dans l’exploration des attentes clients & utilisateurs, l’analyse de leur environnement, la création de leur concept et dans le déploiement marketing.

Juliette Fabre a travaillé dans plusieurs grands groupes, notamment chez Groupe SEB en tant que chef de projet développement et innovation et dans d’autres plus petites entreprises. Elle a des affinités avec les écosystèmes digitaux et IoT, avec les secteurs de la beauté, du sport, du développement durable, de la santé et du développement personnel.

La prospective a le pouvoir d’éclairer les décisions des équipes dirigeantes et des équipes dédiées à la stratégie des entreprises.

Dans ce monde postmoderne, qui passe de l’individualisme, du rationalisme et du progressisme, au «nous», à l’émotionnel et au temps présent selon Michel Maffesoli, les organisations existantes sont mises au défi de définir une nouvelle stratégie pertinente pour ne pas être mangées par les nouvelles petites entreprises qui pour certaines ont bien compris les enjeux de ce nouveau monde incertain.

Et pour ce faire, la prospective a un rôle important à jouer. La prospective est une démarche qui prend l’avenir comme sujet d’étude afin de réorganiser son présent et de pérenniser son avenir. L’étude des futurs possibles donne au management stratégique des entreprises la capacité d’anticiper pour agir dans un monde incertain. Selon Fleur Bouillanne, la prospective a le pouvoir d’éclairer les options stratégiques et initie la transformation des organisations.

Au sein d’une entreprise, si les croyances fondamentales sur lesquelles le processus de fonctionnement repose sont erronées, ou obsolètes alors celle-ci ne pourra pas être efficiente. Les décisions sont prises sur la base de modèles mentaux qui doivent être alignés avec les valeurs de la société, celles de ses collaborateurs et de ses clients. Selon Philippe Silberzhan, « L’organisation est performante si les modèles mentaux qu’elle a ainsi développés sont pertinents par rapport à l’environnement dans lequel elle évolue ». 

L’entreprise existante, doit faire évoluer ses modèles mentaux pour faire évoluer sa stratégie. De par les études que j’ai pu effectuer, j’ai observé le fait que les individus attendent des entreprises qu’elles répondent aux nouvelles valeurs humanistes et écologiques et qu’elles facilitent le passage aux nouvelles pratiques de consommation durable, réfléchies, voire minimalistes. Ils attendent donc qu’elles s’engagent dans le développement de la société postmoderne dans laquelle nous avons commencé à vivre aujourd’hui.

L’entreprise existante, doit faire évoluer ses modèles mentaux pour faire évoluer sa stratégie.

Pour ce faire, réflexions stratégiques et prospective sont intimement liées. La vision stratégique va permettre de fixer des objectifs, de prendre des décisions, d’inspirer, de donner du sens et une raison d’être aux collaborateurs. Sans stratégie, la passivité s’installe et l’organisation disparaitra. L’entreprise ne doit pas subir son environnement mais l’impacter et le faire évoluer positivement. 

Mais comment faire ? Intégrer la prospective dans nos réflexions et décisions est un moyen de faire évoluer positivement nos modèles mentaux et donc notre stratégie. En intégrant la prospective, l’entreprise pourra anticiper et agir de manière sensée dans un monde incertain. La prospective ne se résume pas à des rapports écrits mais à une démarche systémique, une attitude, voire une philosophie orientée vers l’avenir. Ce n’est donc pas une réponse réactive : quand il y a le feu, il faut l’éteindre. Mais l’amélioration d’une démarche préactive : on anticipe, on agit pour se préparer à réagir au changement attendu et c’est bien sûr une posture proactive et humaniste : on agit pour provoquer les changements souhaités.

Etudier l’avenir, le comprendre et le coconstruire s’appuient selon Fleur Bouillanne sur 6 piliers :

  • Voir loin dans le temps, et réfléchir aux évolutions futures de son marché. Pour se faire, il faut dédier du temps pour, au-delà d’une veille, déceler dans l’actualité les signaux faibles et les prémisses de changements à venir.
  • Voir large: prendre en compte toutes les inspirations possibles, humaines, sociologiques, géographiques, politiques, etc en dépassant son seul secteur d’activité
  • Analyser en profondeur et mettre en relation les tendances structurelles de la société au niveau macro et ensuite faire le lien avec son périmètre d’activité pour imaginer, réinventer ses nouveaux services et/ou produits.
  • Réfléchir en équipe, l’intelligence collective permet d’appréhender un phénomène dans toute sa complexité, à plusieurs nous allons plus loin et nous décidons plus justement
  • Prendre des risques : savoir trancher en appréciant au mieux la portée globale de nos actes. J’ajouterais ici, être courageux et audacieux en restant conscient de la perte potentielle encourue, donc en raisonnant en perte acceptable, l’un des principes de l’Effectuation. Beaucoup de décideurs sont très « cautious » et n’osent pas sortir du cadre de peur que cela ne marche pas, ou de peur de déplaire à la hiérarchie. Or, de nombreux groupes d’individus demandent justement aux grandes entreprises existantes, de sortir de l’ancien modèle pour davantage coller à leurs nouvelles valeurs et attentes. Le développement de nouveaux business et innovations responsables, basés sur le collectif, le qualitatif et le respect de notre environnement, n’ont jamais étaient autant plébiscités.
  • Ce qui me permet d’en venir au dernier pilier : penser à l’homme. Je complèterais par la nécessité d’être en permanence «user-centric», «consumer-centric», en se remettant en question sans cesse, en raisonnant au quotidien expérience et bénéfice utilisateur / consommateur. Lorsque le « Why » de Simon Sinek se retrouve au cœur des réflexions stratégiques, il est ensuite beaucoup plus simple d’appliquer le plan d’action qui mènera à l’objectif.

En mettant en place ces piliers de la prospective, l’entreprise choisit son avenir, redevient acteur de son marché, de son avenir et sera armée pour faire face aux changements. L’exploration des futurs permet de construire sa vision et de passer à l’action pour atteindre ses objectifs.

Pour mettre en place cette démarche prospectiviste, quelles sont les moyens à mobiliser ?

Pour pouvoir écrire des scénarios, l’intelligence collective est clé, et des méthodes comme par exemple le Design Fiction peut-être un moyen d’imaginer et matérialiser ces scénarios. Des groupes de travail, des équipes pluridisciplinaires de collaborateurs peuvent créer, construire ensemble des hypothèses entre fiction et innovation et les matérialiser pour rendre immersif la réflexion prospectiviste. Les équipes dirigeantes selon moi ont intérêt à intégrer ces groupes de travail et ainsi passer à un système transversal et non pyramidal. Lorsque les compétences se complètent, que les pensées divergent, la créativité prend place et les résultats sont d’autant plus impactant.

Pour compléter ces méthodes de travail, et inclure la portée systémique interdisciplinaire, de la prospective, ces équipes doivent selon moi s’appuyer sur les sciences sociales: l’anthropologie, la philosophie, la sociologie, la psychologie sociale, l’économie, les neurosciences, doivent entrer dans l’entreprise. En s’appuyant sur leurs réflexions et inspirations nous pouvons non pas prédire le futur mais construire un futur sensé, responsable, souhaitable. Et ce en se posant les questions suivantes :

  • Qui je suis aujourd’hui ? Que peut-il advenir demain ?
    Le présent n’est pas acquis, la norme d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain. Il faut prendre conscience de sa responsabilité, de son impact sur la définition de notre avenir et sur l’héritage que nous allons léguer

  • Qu’est-ce que je peux faire ? Comment je vais le faire et avec qui ?
    La notion de responsabilité est très importante pour tous les collaborateurs d’une entreprise et encore plus pour les équipes dirigeantes, qui détiennent le pouvoir de décider. Ils ont le devoir d’inspirer, insuffler les nouvelles pratiques pour impulser de nouvelles routines de consommation, de nouveaux styles de vie qui s’aligneront avec les nouvelles valeurs d’aujourd’hui, basées sur le collectif, le qualitatif, la transparence et le respect de notre planète.
    Les entreprises y arriveront si elles s’engagent dans une avenir souhaitable, si elles s’entourent d’experts. Mais avant tout cela, si elles font appel et confiance à leurs collaborateurs.

L’alignement du discours, des modèles mentaux, des visions, décisions et actions permettra de pérenniser chaque organisation dans le temps. L’état d’esprit, la démarche prospectiviste est le liant de cet alignement.

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