Q111 – Des mots pour inventer le futur ?

//
7 minutes de lecture

Pourquoi créer de nouveaux mots ? Comment inventer des mots dope la réflexion prospective ? L’écrivaine-prospectiviste, Anne-Caroline Paucot répond à ces questions. Auteur du Dico des métiers de demain, Dico du futur de l’amour, Dico des idées désirables, elle propose aux entreprises d’utiliser ce pas créatif pour imaginer les services et les métiers de demain.

On ne peut pas penser sans mots. « Il n’existe pas de pensée sans langage. C’est le mot qui donne à la pensée son existence », dit le philosophe Hegel. En d’autres termes, les mots sont les briques de la pensée. On les assemble pour effectuer différentes constructions neuronales.

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », précise Albert Camus. Si on veut envisager un futur désirable, il est donc primordial de confectionner des mots de qualité. Si ce n’est pas le cas, le risque est d’avoir des réflexions de mauvaise qualité ou quasi inexistantes.
Le terme Big Data est à ce titre emblématique. Depuis des années, de l’aveu même de ceux qui emploient cette expression, sa définition demeure floue. L’absence de réflexions critiques sur le déferlement de données numériques peut être imputée à ce terme qui, traduit en français par « grosses données », n’incite pas à effectuer de subtiles gamberges intellectuelles.

Quand on invente un mot, le concept et la chose qu’il désigne, commencent à exister. Créer un mot, c’est donc inventer le futur.

La création, au demeurant la disparition de mots, est inhérente à toute langue vivante. Quand de nouveaux concepts émergent, de nouveaux mots apparaissent. Comme le langage est profondément démocratique, ces créations dépendent rarement des consignes des autorités dites compétentes. Ils s’imposent parce qu’ils répondent à un besoin d’un groupe. La plupart du temps, on ne sait pas s’ils sont arrivés par accident ou parce que des individus en ont eu l’idée.

Pour maximiser les chances que des mots de qualité soient retenus, il faut donc faire appel à l’intelligence collective. Plus on aura des propositions diverses et riches, plus on enrichira la réflexion sur le futur.

De la création de mots à l’invention de futurs

Quand on invente un mot, le concept et la chose qu’il désigne, commencent à exister. Créer un mot, c’est donc inventer le futur.

À partir de ce principe, j’ai développé des ateliers où les participants imaginent des produits, des services, des métiers de demain. Ils m’ont permis de faire plusieurs constats:

  • Inventer des mots est accessible à tous. La création d’un néologisme est même très valorisante. Les créateurs sont fiers de leurs productions. On peut donc utiliser cette technique pour faire réfléchir le plus grand nombre, et en particulier les plus jeunes, au monde de demain.

  • L’apport de néologismes dope la création d’histoires prospectives riches et innovantes. C’est un moyen astucieux pour éviter les récits composés de voitures volantes et autres marronniers prospectifs.

Afin d’enrichir le travail, une méthodologie a vu le jour. Celle-ci part du principe que demain résultera des trois éléments suivants :

  1. Les défis sociétaux que les entreprises et organisations auront à relever : limiter le réchauffement climatique, éviter les pandémies, nourrir une population supplémentaire…

  2. Les technologies : intelligence artificielle, ordinateur quantique, génétique…

  3. Les innovations sociétales et technologiques dans chaque domaine. Ce sont autant de grains de sable qui constituent de nouvelles plages.

En métissant ces éléments, les participants imaginent des produits, services, métiers de demain. L’intérêt de ces catalogues à la Prévert est qu’on a, à l’issue des ateliers, une profusion d’idées qui sortent du cadre.
L’esprit étant décalé, on ne se contente pas d’idées qui aménagent l’existant. Et dans le nombre, il y a toujours des pépites à affiner.

Si les ateliers ont pour objectif d’imaginer les métiers de demain de l’entreprise, les décideurs choisissent les métiers qu’ils considèrent comme les plus porteurs d’avenir et envisagent les compétences à développer. C’est en résumé, un moyen pour mettre définitivement la moribonde GEPC (Gestion prévisionnelle des emplois) au placard. En remplaçant ce mode de prévision du monde d’hier par cette approche dynamique et collaborative, on redonne du sens au travail.

Cette méthodologie fut mise en oeuvre le 26 mai prochain de 10:00 à 12.00 lors de l’atelier participatif consacré au « dico du Soldat du futur ».

Ce dictionnaire, en cours de production, ambitionne de stimuler une réflexion collaborative sur le soldat du futur afin d’inventer l’armée de demain. En attendant sa fabrication, des mots du dictionnaire sont proposés chaque semaine sur le site web https://soldat-du-futur.com

Votre avis et votre expérience nous intéressent!

Histoire précédente

Q030 - Penser les futurs : quels pièges éviter ?

Histoire suivante

Q021 - Quel leadership face aux incertitudes des futurs possibles ?

Derniers articles de Comment

%d blogueurs aiment cette page :